• 30 novembre 2021

Diocèse de Kisantu/Mgr André-Giraud Pindi : Soyez des témoins de Jésus; ne le décevez pas, ne l’attristez pas

Homélie de Monseigneur André-Giraud Pindi, Administrateur apostolique du Diocèse de Matadi, en vue des ministères de Lectorat et d’Acolytat, le Samedi 05 juin 2021, au Grand Séminaire de Mayidi.

Textes : 1 Co 12, 4-11 / Lc 9, 10-17

Chers Séminaristes,

Avant toute chose, je tiens à remercier Son Eminence Fridolin Cardinal AMBONGO, en sa qualité d’Administrateur Apostolique du diocèse de Kisantu, qui m’a délégué ici au Grand Séminaire de Mayidi pour vous conférer les ministères de lectorat et d’acolytat. Il s’est excusé à juste titre, car en ce moment même il préside à Kinshasa aux funérailles du Papa de son collègue et frère Evêque, Mgr Dominique BULAMATARI, Evêque de Molegbe. Que l’âme de Papa Joseph KIZAYAKANA repose en paix entre les mains du Seigneur !

Pour l’événement qui vous concerne aujourd’hui, j’ai choisi ces deux textes bibliques que nous venons d’entendre avec deux points de méditation : l’exercice du ministère et le témoignage de vie.

  1. L’exercice du ministère reçu

L’extrait de la lettre de Paul aux Corinthiens nous rappelle ceci : les dons de la grâce sont variés, les ministères sont variés, les activités sont variées mais c’est le même Esprit, c’est le même Dieu qui agit. Ces quelques mots expriment le sens même des ministères, leur origine et leur nécessité dans l’Eglise.

La première chose est que le ministère n’est pas une invention de quelques théologiens soucieux d’apporter un peu de variété dans l’Eglise. Le ministère vient de Dieu, car il est l’expression d’une manifestation de l’Esprit Saint « en vue de l’utilité commune » (1 Co 12, 7). Lorsqu’il évoque le catéchiste, le Pape François parle d’un « antiquum ministerium » (un très ancien ministère) dans le motu proprio qui porte le même nom en élevant, le 10 mai 2021, l’apostolat du catéchiste au rang de ministère. Le Pape souligne : « Dès ses débuts, la communauté chrétienne a fait l’expérience d’une forme répandue de ministérialité qui s’est concrétisée dans le service des hommes et des femmes qui, obéissants à l’action de l’Esprit saint, ont consacré leur vie à l’édification de l’Église. Les charismes que l’Esprit n’a jamais cessé de répandre sur les baptisés, ont parfois trouvé une forme visible et tangible de service direct de la communauté chrétienne dans ses nombreuses expressions, au point d’être reconnu comme une diaconie indispensable pour la communauté ».

Ainsi donc, les ministères le lectorat et d’acolytat trouvent aussi leur fondement en Dieu lui-même. C’est l’Esprit qui distribue ses dons à chacun en particulier comme il l’entend (cf. 1 Co 12, 11). Et lorsqu’un don, une grâce, un service vient de Dieu, lorsqu’il nous est distribué, St Paul nous invite à le vivre avec beaucoup d’humilité : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu pourquoi t’enorgueillir comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4, 7). Tous les ministères reçus en Eglise doivent se vivre dans l’humilité ; parce qu’ici ce n’est pas une question de titres académiques ni des diplômes, ni une question des échelons ou de promotions, mais une question d’avoir reçue cette part de l’Esprit pour l’édification de l’Eglise et pour le service de la communauté.  Voilà pourquoi ce que la bible de Jérusalem appelle ministères, la bible liturgique l’appelle services ; parce que le ministère est service ; parce que nous sommes des serviteurs ; parce que nous ne sommes que des « serviteurs quelconques » (cf. Lc 17, 10), parce qu’enfin Jésus lui-même est Serviteur, et même Serviteur souffrant (cf. Les quatre passages du Deutéro-Isaïe chap. 42. 49. 50. 52).

Chers Séminaristes, soyez des serviteurs humbles au service du Seigneur et de l’Eglise. Redécouvrez chaque jour la valeur du ministère qui vous est confié. Etre accepté par votre Evêque ou son délégué à recevoir le ministère de lectorat ou d’acolytat, n’est pas seulement l’accomplissement d’une étape liée à une année académique. Non ! Ce qui vient de Dieu mérite d’être vécu et traité divinement, autrement, dit le Christ, c’est donner aux chiens ce qui est sacré ; c’est jeter les perles aux porcs (cf. Mt 7, 6).

  1. Le témoignage de vie

Le lecteur servira à la table de la Parole et l’acolyte servira à la table de l’Eucharistie : diversité des ministères, mais c’est le même Esprit, le même Seigneur, la même Eglise. Pourquoi nos diversités deviennent-elles des divisions ? Pourquoi des divisions dans nos diocèses, dans nos communautés de vie, alors que nous communions au même Esprit et que tout nous vient du même Dieu, pour le service de la même Eglise ? Pourquoi des divisions liées aux tribus, aux villages, aux origines, aux appartenances à telle ou telle autre tendance soutenue par tel ou tel autre prêtre? Pourquoi nous qui avons reçu le don de l’unité vivons-nous dans les pires des divisions ? Les divisions sont le signe que Dieu n’est pas présent parce que nous jouons de la comédie en nous présentant religieusement à l’église, à la chapelle. Nous venons exercer un rôle, faire un travail et nous acquitter d’un devoir d’horaire, mais la connaissance de la valeur de ce nous sommes nous échappe ; la profondeur de la vie spirituelle fait défaut. Vous savez, tout engagement dans l’Eglise doit se transformer en témoignage. C’est la seule chose que le Christ a exigé à ses disciples avant de s’en séparer : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Etre témoin partout et à tout moment.

En droit, le témoin c’est celui qui a vu un fait ou entendu un fait. Il était plus ou moins présent au moment du fait et il en a constaté une information utile pouvant servir à éclairer quelqu’un. Dans la foi, selon Jésus, le témoin c’est celui qui continue son œuvre de salut et dont la vie rend Jésus présent : En vous voyant vivre, ils sauront que vous êtes mes disciples (cf. Jn 13, 35).

Chers Séminaristes. Vous savez, la tendance est de s’arrêter au faire sans aller en profondeur. Je pense que vous vous êtes posés la question, lorsqu’il a été question de lectorat et d’acolytat : Qu’est-ce qui me revient à faire ? Si vous vous arrêtez au faire, vous faites simplement de la liturgie. Or, attention ! Quand Dieu nous interpelle sur une liturgie superficielle : « Ce peuple m’honore des lèvres ; mais leur cœur est loin de moi. Vain le culte qu’ils me rendent, les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains » (Mc 7, 6-7. Is 29, 13).

Lorsque j’ai accordé les dimissoriales aux séminaristes de Matadi, j’ai écrit une circulaire à tout le diocèse, informant les paroissiens du nom de ceux que j’ai admis aux ministères de lectorat et d’acolytat. Cependant, puisque l’Eglise est Mater et Magistra, j’ai jugé bon d’expliquer en même temps à tous les fidèles diocésains les rôles d’un lecteur et d’un acolyte selon le motu proprio Ministeria quaedam du 15 août 1972 de Paul VI. Mais ce qui m’a frappé ce sont ces deux exigences :

1re exigence : « Le lecteur doit tendre de toutes ses forces à acquérir davantage chaque jour l’amour profond et la connaissance des Saintes Ecritures, grâce auxquelles il deviendra plus parfaitement le disciple du Seigneur ».

Ici ce n’est plus le faire pour faire, mais le ministère de lectorat devient un lieu de sanctification, de fidélité à Dieu et de perfection de la qualité du disciple du Seigneur.

2e exigence : « L’acolyte doit s’initier à tout ce qui se rapporte au culte public de Dieu et s’appliquer à en pénétrer le sens intime et spirituel : il pourra ainsi s’offrir chaque jour tout entier à Dieu et être pour tous, un exemple de dignité et de respect ».

Ici il s’agit de la sanctification par une communion intime et spirituelle à Dieu à qui le culte est rendu, sanctification qui doit transparaître dans la dignité de vie qu’on mène. Vous voyez, l’acolyte n’est pas un ramasseur des burettes et un nettoyeur des fonds des calices. La pratique liturgique ne doit pas escamoter la vie du ministre.

Je vous exhorte, chers Séminaristes à une vie digne parce que vous êtes des candidats au sacerdoce. Forgez-vous maintenant des convictions liées à l’état sacerdotal auquel vous aspirez. Cet effort d’aujourd’hui sera bénéfique demain. Mais si aujourd’hui vous installez la légèreté dans votre vie, face aux réalités de demain vous battrez en retraite, comme les disciples de l’évangile, acolytes de Jésus, face à une foule affamée : Renvoie cette foule, disent-ils à Jésus : qu’ils aillent dans les villages chercher à manger. Mais Jésus de leur dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (cf. Lc 9, 11-12). En d’autres mots prenez vos responsabilités en mains, ne les abandonner pas aux autres.

Permettez-moi une digression : des photos et des vidéos de cette cérémonie vont surcharger vos pages whatsApp, Facebook et autres Instagram, peut-être même Twitter, à moins que ça ne soit Tiktok. Mais quel usage faites-vous au quotidien de ces réseaux sociaux. Lorsqu’on regarde certains statuts des séminaristes on se pose la question si c’est son statut à lui ou celui d’un réseau des filles assoiffées des vœux d’anniversaire. L’usage que l’on fait de ces réseaux sociaux peut un jour vous conduire à votre propre perte, car il vous éloigne de la profondeur de vie spirituelle en vous exposant à la superficialité des joies éphémères et des appétences incontrôlées. Ce que vous avez publié est enregistré, parfois capturé, conservé et peut être utiliser contre vous. Or la preuve documentaire en droit canon est une preuve presqu’irréfutable. Je ferme la digression

Soyez des témoins de Jésus et que les grâces de ce nouvel engagement comme lecteur et acolyte vous confirment dans votre quête quotidienne de Dieu. Ne le décevez pas. Ne l’attristez pas. Ne négligez pas le don spirituel qui est en vous. Amen !

Giraud PINDI

Administrateur Apostolique de Matadi.

Source : www.diocesedematadi.net/

 

 

 

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