• 25 novembre 2020

Diocèse d’Uvira : Sur le dossier de Minembwe, Mgr Muyengo appelle au calme et à renoncer à toute voie de la violence…

Le lundi 28 septembre 2020, le Ministère de la Décentralisation et de la Réforme institutionnelle, Azarias Ruberwa, installait les animateurs de la commune rurale de Minembwe en présence de plusieurs autorités tant politiques que militaires et de quelques diplomates accrédités au pays. Cette initiative n’a pas laissé indifférent Mgr Sébastien-Joseph Muyengo, Evêque d’Uvira, qui a publié cette déclaration :  

Déclaration sur la commune de Minembwe et l’installation de ses animateurs

0 .Nous, Mgr Sébastien-Joseph Muyengo  Mulombe, par la grâce de Dieu et la volonté du Saint Siège, Evéque du Diocèse d’Uvira comprenant entre autres la commune rurale de Minembwe, étendue sur les trois Zones Pastorales et Territoires administratifs  de Fizi, Mwenga et Uvira, dans la province du Sud-Kivu, venons d’apprendre la nouvelle de l’installation officielle des autorités administratives de ladite commune, le 28 septembre 2020.

  1. Nous regrettons que cet acte, loin d’être de nature à faciliter la véritable paix dans les Hauts plateaux, suscite au contraire beaucoup d’animosités dans l’étendue du Diocèse et de la région et même de la province et du pays, à cause notamment du traitement spécial réservé à ladite Commune par rapport aux autres disséminées dans la région, à savoir Sange, Luvungi et Kiliba dans le territoire d’Uvira ; Fizi, Misisi-Lulimba et Nwima dans le territoire de Fizi et Kamanyola dans le territoire  de Walungu, alors que le territoire de Mwenga n’en a aucune.
  2. Alors que la plupart des Communes rurales sont érigées au sein d’un territoire, la nouvelle Commune de Minembwe s’étend sur les trois Territoires administratifs et Zones pastorales, en intégrant une bonne partie de la réserve naturelle d’Itombwe, à cheval sur Fizi et Mwenga et une bonne partie de la chefferie de Bavira, vers Bijombo, Kagogo, Kishembwe, etc. Sans oublier de signaler que la République compte 250 communes rurales, parmi lesquelles, à notre connaissance, seule celle de Minembwe pose problème, Dieu seul sait pourquoi !
  3. Pour nos populations, la commune de Minembwe est le dernier coup du maître après l’échec du pouvoir du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), d’obédience rwandaise à l’époque, de créer tout un territoire dans la province pour nos frères Banyamulenge, identifiés comme de Congolais d’origine rwandaise et d’ethnie tutsi. Hier, c’était la question de la nationalité, aujourd’hui, c’est celle de la terre. Mais si on peut attribuer la nationalité à qui la demande et la mérite, on ne distribue pas la terre sous n’importe quelle condition. Aussi, plutôt que parler de commune rurale, nos populations considèrent qu’il s’agit ici de « Terres ou Territoires occupés », par défi. Ce qui constitue une humiliation pour elles.
  4. En ce jour, où nous célébrons le 10ème anniversaire du Rapport Mapping, sur les massacres perpétrés dans notre pays et dont les auteurs n’ont jamais été poursuivis, on se souvient dans la région de tout le sang versé sur notre sol à cause de problèmes liés à la terre : les massacres d’un prêtre, de séminaristes, religieuses et laïcs à Kasika ; les femmes enterrées vivantes à Mwenga ; les massacres de Makobola, Katogota, etc. L’on comprend en même temps l’agenda caché de toute cette cérémonie organisée de l’installation des administrateurs de la Commune de Minembwe, comme cela n’a jamais été fait ailleurs avec toutes ces autorités tant au niveau national que provincial et même de l’armée, ayant rehaussé de leur présence l’événement couronné par la présence de l’ambassadeur de la plus grande puissance du monde sous le drapeau des Nations Unies. Ce qui donne raison à ceux qui parlent du complot international contre notre pays.
  5. Avec nos populations, nous nous posons dès lors ces questions :
  1. Que dit le Président de la République, Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi, à ce sujet ? Va-t-il continuer à affirmer qu’il n’y est pour rien dans cette situation parce qu’elle date d’avant son arrivée au pouvoir ? Lorsqu’on devient Président de la République on prend en charge le destin du pays avec aussi bien son passé, son présent et son futur. Concernant la commune de Minembwe, on ne cessera pas de s’interroger sur la responsabilité du Président Félix Tshisekedi, quand on sait que le maître d’œuvre de l’entreprise est celui-là même qui est à la tête du ministère de la Décentralisation et de la Réforme institutionnelle depuis le règne de son prédécesseur jusqu’au sein. Plus que le Programme de 100 jours, le problème de la Commune de Minembwe constitue un test pour le chef de l’Etat : Pour qui roule-t-il finalement ? Pour « le peuple d’abord », comme le jurait son père, ou pour ceux qui, comme on l’entend, l’ont placé au trône afin de se servir de lui pour en arriver là ? Nous craignons que s’il laisse faire le cas de Minembwe, le processus du démembrement du pays, ou de ce que l’on appelle « la balkanisation », soit amorcé avec sa complicité. Ce qui, en Droit constitutionnel, constitue une « haute trahison ».
  2. Que disent nos élus Députés et Sénateurs des territoires concernés ? Nous félicitons ceux qui se sont déjà prononcés à ce sujet, mais on peut se poser la question de savoir où étaient-ils lorsque les décisions étaient prises au Parlement, si jamais elles y étaient prises. Encore que ce n’est pas sur les réseaux sociaux qu’on les attend dans ces genres des questions qui ne relèvent pas de simples opinions personnelles, mais plutôt de véritables débats parlementaires aboutissant à des votes de décisions. En tout cas, dans la persistance de la situation, seule leur démission prouvera qu’ils ne sont pas complices dans cette vaste trahison de notre pays et de son peuple. Mais que disent aussi les autres Députés et Sénateurs ? Ont-ils choisi de sacrifier l’intégrité du territoire en vue de sauvegarder leur pouvoir en montant dans les trains des vainqueurs ?
  3. Chez nous en Afrique, et particulièrement en RD Congo, la terre étant sacrée et ses propriétaires étant les chefs coutumiers, au-delà de la loi Bakajika attribuant à l’Etat le pouvoir de la gérer, ont-ils été consultés concernant le morcellement de ces territoires ? Que reste-t-il encore de leur pouvoir de « gardiens de nos terres si les choses doivent se passer de cette façon ?
  4. De l’Onu et son Conseil de Sécurité, que pouvons-nous encore attendre, espérer concernant la question de la paix véritable dans les Hauts-plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira ? A moins de ne pas connaître les populations habitant ici, sont-ils convaincus que c’est cela la voie juste pour parvenir à une véritable paix dans cette partie du monde ?
  1. Enfin, que disent nos frères Banyamulenge après tout ce chemin de dialogue pour la réconciliation et la paix que nous avons parcouru tant au niveau civil (conférences, ateliers, réunions, etc.), religieux (rencontres, prières œcuméniques et dialogues interreligieux, etc.), politique (dialogue intercommunautaire, dialogue intracommunautaire), etc. ? Comment  allons-nous vivre désormais en nous regardant dans les yeux dans cet espace où déjà les conditions de paix et de convivialité n’étaient pas assurées ? Dans sa dernière encyclique intitulée Fratelli Tutti (tous frères), le Pape François nous appelle à la fraternité et à l’unité sociale qui passent par l’accueil des uns et des autres, qui évitent l’exclusion des autres. Nous pouvons vivre dans la paix les uns aux côtés des autres dans ce grand et beau pays que Dieu nous a donné sans nécessairement marquer chacun son territoire.
  2. Ayant choisi dans notre diocèse comme thème pastoral de cette année 2020-2021, « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27), nous en appelons à la responsabilité des uns et des autres quant à ce qui peut surgir comme troubles, violences, voire guerres dans la région. Pour nos populations de base particulièrement, nous les appelons au calme et à renoncer à toute voie de la violence pour privilégier davantage celle du dialogue, qui reste un processus toujours lent et difficile, mais dont les fruits sont la paix, le pardon et la réconciliation. Avec mes prières et ma bénédiction apostolique.

Donnée à Kinshasa, le 1er Octobre 2020

10ème Anniversaire de la publication du Rapport Mapping

Mgr Sébastien- Joseph MUYENGO MULOMBE

Per viscera Misericordiae Dei Nostri

 

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