• 25 novembre 2020

Mgr Daniel Nlandu : « Dieu nous a fait don des prêtres et des diacres… »

Homélie de S.E. Mgr Daniel NLANDU MAYI, Evêque de Matadi, à l’occasion des Ordinations sacerdotale et diaconale

Matadi, Paroisse ND de Fatima,  dimanche 06 septembre 2020

Textes

  • 1ère lecture : Is 6, 1–8
  • 2ème lecture : 2 Tm 4, 1–4
  • Evangile : Mt 20, 20–28

 Chers Frères et Sœurs en Christ,

Le dimanche dernier, nous avons célébré dans la joie avec la Congrégation des Sœurs de Sainte Marie de Matadi l’émission des vœux perpétuels, temporaires et le jubilé d’argent de quelques-uns de ses membres. Cela fut à la fois, pour notre diocèse de Matadi, une grande joie et  une grâce reçue du Seigneur.

En ce 23ème dimanche du Temps Ordinaire de l’Année liturgique A, le Seigneur nous fait une fois de plus grâce par le Sacrement de l’Ordre que certains parmi nous vont recevoir de mes mains pour participer désormais à la même mission que le Christ. Soyons donc dans la joie et exultons devant un si grand bonheur.

En effet, nos frères

Thomas LUWISANA,

Messie MAMBU,

Noé MATUMONA,

Hervé MBAKU,

Euloge MEYAVANGA,

Emmanuel MPANZU,

Jean NTOTO, 

Vincent SEKE   

vont être ordonnés prêtres,

tandis que les séminaristes

Alexandre MASUNDA,

Thomas NANGA,

Germain NSUNGANI,

Pierre NZINGA 

vont devenir diacres pour servir le peuple de Dieu dans la « diaconie » de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’Evêque et son presbyterium.

 Quelle joie de célébrer des ordinations sacerdotales et diaconales au moment où deviennent de plus en plus rares les vocations sacerdotales, en particulier et religieuses en général ! C’est également une grande joie de voir tant de jeunes, après des années de formation, au Grand Séminaire, parvenir aujourd’hui au Sacrement de l’Ordre.

Que notre joie de ce jour soit une véritable action de grâce au Seigneur pour un si grand don à notre cher diocèse.

Mes chers Diocésains,

L’événement que nous célébrons en ce jour béni est une preuve que Dieu a exhaussé nos prières en nous faisant don des prêtres et des diacres, pour qu’ensemble avec ceux qui les ont précédés sur cette voie de totale donation, et unis par l’Esprit Saint, nous continuions à conduire le peuple de Dieu vers l’éternité bienheureuse.

En ce jour de grâce, il est important de souligner que la joie que nous célébrons est le fruit d’un engagement collectif:  les jeunes qui ont entendu et répondu à l’appel du Seigneur, les parents qui ont accepté de donner leurs enfants au Seigneur pour le service de l’Eglise, les vaillants formateurs qui se sont dévoués à leur donner les enseignements solides et adéquats, les paroisses qui les ont reçus pour le stage ainsi que les différentes structures diocésaines qui ont veillé aux différents aspects spirituels et matériels de leur formation.

Tous, nous avons travaillé et nous sommes très heureux d’accueillir aujourd’hui ces jeunes qui seront bientôt ordonnés prêtres et diacres pour prendre soin de la moisson du Seigneur.

Que gloire et louange soient rendues au Maître de la moisson qui a couronné de succès nos pauvres efforts humains par le don surabondant de sa grâce.

Je vous remercie tous pour cet engagement ecclésial et vous encourage à toujours fournir cet effort combien louable pour l’avenir de notre diocèse. Car, plusieurs autres jeunes, encore en formation, comptent beaucoup sur nous pour arriver eux aussi au terme de leur formation sacerdotale.

Chers Frères et Sœurs dans la foi en Jésus Christ,

Chaque fois que  nous nous réunissons pour accueillir des nouveaux pasteurs qui doivent guider le troupeau de Dieu vers le frais pâturage,  j’ai toujours pensé à ces belles paroles du Christ : « la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mt 9, 37 – 38).

Mes Très chers Diocésains,

Je voudrais profiter de cette occasion pour vous rappeler que vous êtes cette moisson dont ces nouveaux pasteurs auront la noble responsabilité de prendre soin. En devenant bientôt prêtres et diacres, ils seront des êtres mangés et habités par l’unique souci, à savoir celui de veiller sur la moisson que Dieu leur confiera par le biais de leur Evêque.

Ils devront désormais être les gardiens fidèles de vos âmes, quoi que pécheurs dès le sein de leurs mères.

Ils sont certainement indignes de cette mission, le Seigneur le sait très bien. Voilà pourquoi lui-même, avant même de les envoyer, commence à les purifier pour leur permettre de bien accomplir cette délicate mission. La vocation d’Isaïe dans la 1ère lecture que nous venons d’entendre, nous l’indique si bien: « Dès lors que ceci a touché tes lèvres, ta faute est écartée, ton péché est effacé » (Is 6,7).

Ainsi, le ministère sacerdotal ou diaconal, loin d’être un privilège, est par contre une charge qui fait participer des pauvres pécheurs que nous sommes à la grâce du Christ, Tête du Corps, pour être les pasteurs, les rassembleurs et les modèles du troupeau de Dieu. Les futurs pasteurs seront donc appelés à « bâtir le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu dans sa plénitude » (Ep. 4,12-13).

Et donc toute la communauté chrétienne a le gravissime devoir de soutenir ces futurs pasteurs, et les aider, non seulement matériellement, comme nous avons l’habitude de le faire, mais surtout spirituellement, pour qu’ils restent, toute leur vie, fidèles à l’appel qu’ils ont reçu du Seigneur, en le servant fidèlement dans son Eglise. Car, sans votre prière et l’aide de Dieu lui-même, le sacerdoce devient une entreprise purement humaine et vouée à l’échec.

Mes Chers futurs prêtres et futurs diacres,

Les belles paroles du Christ que j’ai citées au début de cette méditation requièrent de votre part deux compréhensions :

En premier lieu, lorsque le Christ dit que la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux, il voudrait bien souligner le manque d’ouvriers du point de vue de la quantité.

En effet, nous vivons dans un monde qui nous présente chaque jour des nouvelles sollicitations  parfois éloignées de l’Evangile. Dans ce contexte, beaucoup de jeunes de votre âge se laissent souvent entraîner par toutes ces idéologies et sollicitations, bouchant ainsi leurs oreilles aux appels sans cesse répétés du Christ à le rejoindre dans son immense champ.

Aussi, le long et nécessaire parcours de la route qui mène au sacerdoce constitue pour beaucoup un frein ou un motif de découragement.

Toutes ces raisons évoquées  réduisent sensiblement le nombre de ceux qui s’engagent à la vie religieuse.

En second lieu, ces paroles soulignent aussi que le Christ n’a pas seulement besoin de la quantité d’ouvriers mais aussi et surtout de leur qualité.

Les ouvriers sont peu nombreux, ceci signifie que le Christ est à la recherche des personnes dignes de confiance, capables d’accomplir avec fidélité la mission qu’il va leur confier.

Le Christ n’a pas besoin des loups à la peau d’agneau dans la bergerie, des bergers capables d’affaiblir le troupeau au lieu de le fortifier. Il a plutôt besoin des bergers qui conduisent le troupeau vers le frais  pâturage.

Mes chers fils,

Devenir prêtre ou diacre, c’est bien beau, mais devenir bon prêtre et bon diacre, c’est toujours et déjà mieux. Les fidèles attendent de vous des hommes dignes de confiance. Car, si vous n’êtes pas dignes de mériter la confiance de ceux et celles auprès de qui vous allez travailler, alors il est temps de ne pas vous engager. Rien n’est encore tard.

Toujours est-il que les fidèles du Christ refusent que vous veniez vous ajouter au nombre de vos aînés, si minimes soient-ils, ils veulent plutôt que vous soyez de ceux qui vont travailler avec conscience et droiture pour le bien du peuple de Dieu et de celui de notre église locale de Matadi.

Lourde est votre responsabilité, lourd est votre engagement de ce jour, prenez-en conscience !

C’est donc sous cet angle de prise de conscience de la responsabilité qui vous incombe que vous allez prononcer tout à l’heure ces paroles d’Isaïe entendues dans la première lecture : « me voici, envoie-moi » (Is 6, 8).

Je crois que c’est en toute liberté de conscience et surtout en toute responsabilité que vous voulez vous engager aujourd’hui. Aussi l’engagement de ce jour doit être pour vous l’occasion de prendre conscience qu’en devenant prêtres ou diacres, vous deviendrez plus serviteurs que maîtres.

En effet, le sacerdoce est et reste un service et non une élévation sociale au point de regarder du haut tous ces hommes et toutes ces femmes vers qui vous irez annoncer la Parole de Dieu. Vous serez appelés à servir et non à vous faire servir. Oui, la grandeur du sacerdoce, à n’en pas douter, se trouve dans le service !

Voilà pourquoi, quand vous aurez accompli votre ministère, vous direz toujours que  nous sommes des serviteurs quelconques, et nous n’avons fait  que notre devoir. (Lc 17,10)

Il est important de ne jamais perdre de vue la raison de votre appel. Telle est l’invitation lancée par  l’Evangile de ce jour: les disciples du Christ ne doivent avoir aucune autre ambition que celle de servir. La véritable grandeur se trouve dans le service et non dans la domination et l’assujettissement des autres.

Le Maître lui-même nous a montré cette voie de service, il est resté humble serviteur jusqu’au bout.

Chers fils,

Mon insistance sur la notion de service et de responsabilité est liée aux multiples défis que nous lance au quotidien notre immense diocèse.

En effet, notre maison commune, le diocèse de Matadi, a urgemment besoin de bons prêtres et de bons diacres  pour arriver à surmonter les défis qui se présentent de nos jours. Vous arrivez au moment où le diocèse est engagé dans plusieurs réformes importantes conformément à l’esprit de notre synode diocésain clôturé il y a 7 ans.

Que votre arrivée au clergé contribue à la réussite de toutes ces réformes ; Que votre façon de faire ou d’être ne constitue pas un frein à cet élan. Et surtout apportez un plus à la fraternité sacerdotale. Celle-ci doit énormément nous aider à mieux réaliser tous nos projets pastoraux.

Je profite de cette occasion pour souligner qu’ « il est nécessaire pour tous les prêtres de laisser de côté les divisions stériles, les désaccords entre curés et vicaires et les préjugés afin d’écouter ensemble la voix de l’Esprit qui guide l’Eglise vers un avenir d’espérance. Chacun d’entre nous sait combien la fraternité sacerdotale est importante quand elle est sincère ;  elle n’est pas seulement un bien précieux, mais aussi une ressource immense pour le renouvellement du sacerdoce et la croissance de nouvelles vocations » (Benoît XVI dans Pensées sur le sacerdoce).

La fraternité sacerdotale est aujourd’hui plus que jamais importante afin de fortifier notre diocèse et réussir ensemble à travailler pour le bien du peuple de Dieu.  Je demande à toutes les communautés sacerdotales de mon diocèse d’en tenir suffisamment compte. Je lance un vibrant appel à former des communautés de prêtres qui s’aident, qui s’aiment et qui marchent ensemble sur un chemin commun, dans une solidarité dans la foi commune.

Je tiens à vous rappeler que la fraternité sacerdotale, la vie communautaire et la solidarité entre prêtres sont des exigences évoquées au Synode diocésain.

Vivre autrement, c’est à la fois s’éloigner de l’esprit du synode et faire preuve d’un contre-témoignage au ministère et à l’exemplarité nécessaire face aux fidèles que le Seigneur nous a confiés. Que chacun accorde la valeur à son sacerdoce, à son engagement et à la conversion du cœur.

Mes chers ordinands,

Devenir prêtres et diacres nous laisse donc supposer que vous avez préalablement compris qui est le Christ pour vous. Cela révèle  que chacun de vous a répondu en âme et en conscience à cette question du Christ : « pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16, 15). Et la réponse que vous avez donnée à cette question du Christ devra vous accompagner tous les jours de votre vie, de votre ministère.

C’est cette réponse que vous êtes appelés à annoncer toujours et partout dans le monde à partir de ce jour jusqu’à la fin de votre passage sur cette terre. C’est l’appel à l’annonce de l’Evangile que vous lance Saint Paul dans la deuxième lecture. Désormais vos actes, vos paroles doivent avoir pour unique finalité : l’annonce de l’Evangile.

Cette annonce de l’Evangile doit nécessairement comporter les éléments de votre réponse personnelle à la question du Christ. Car, c’est cette expérience vécue, de manière personnelle avec Jésus qui vous permettra d’annoncer l’Evangile avec autorité et assurance.

Toute votre mission va consister à être avec Lui, à entrer dans son amitié et à partager au monde cette belle amitié pour que, comme vous et grâce à vous, les hommes et les femmes profitent de cette relation amicale et découvrent de mieux en mieux Dieu.

Entrer dans l’amitié du Christ, voilà bien une bonne nouvelle ; rappelez-vous encore ces paroles du Maître : « je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).

N’est-ce pas pour vous un motif de fierté que d’être des amis de Dieu ? N’est-ce pas là un véritable don de l’amour de la part du Maître qui vous appelle ?

Cependant, pour conserver cette amitié offerte, vous devez être des hommes de prière. Il ne s’agit pas seulement de la prière collective, communautaire mais aussi et surtout de la prière personnelle. Celle-ci est d’une grande importance afin de toujours être au contact de Celui qui vous appelle. N’oubliez pas que la finalité essentielle de la vie  et du ministère du prêtre et du diacre, c’est d’être avec le Christ et entrer dans l’intimité avec lui.

C’est dans la prière que vous allez acquérir des forces neuves et fécondes, vous permettant d’enrichir cette intimité  et de continuer votre mission avec assurance de la présence divine à vos côtés.

L’Eglise nous rappelle que la fécondité apostolique du ministère sacerdotal ou diaconal dépend en tout premier lieu de la profondeur intérieure du ministre et de son union à Dieu. Celui qui est uni au Christ comme le Christ lui-même est uni à son Père, celui-là portera beaucoup de fruits. Hors de cette communion profonde avec le Maitre, le prêtre ou le diacre se dessèche.

C’est de l’intimité spirituelle avec le Seigneur que le ministre puise son identité et la force de bien accomplir sa mission.

Dans ce sens, le prêtre ne peut assumer pleinement son identité sacerdotale qu’en étant réellement disciple du Christ. Pour cela, il vous faut cultiver chaque jour l’amitié avec le Seigneur  par l’écoute de la Parole de Dieu et la pratique des sacrements, et en cherchant sans cesse sa présence mystérieuse et aimante.

 Que l’Eucharistie célébrée tous les jours avec foi vous aide à vous sentir moins seuls, à toujours être à l’écoute du Maître.

Que l’humilité, l’obéissance et le sens du travail fait avec amour et conscience, dans le respect total de l’être humain, et dans un esprit collégial, soient votre caractéristique première et définitive.

Que la puissante et maternelle intercession de la Vierge Marie, Notre Dame du Perpétuel secours,  vous soutienne et vous accompagne!

Amen.

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