• 30 novembre 2021

Mgr Marcel Utembi : “La vocation sacerdotale est un appel particulier à la sainteté”

HOMELIE DE LA MESSE CHRISMALE 2021

 

Is 61, 1…9 ; Ap. 1, 5 – 8 ; Lc. 4, 16 – 21.

 

LA VOCATION SACERDOTALE EST UN APPEL PARTICULIER A LA SAINTETE

 

Refrain : « L’Esprit de Dieu repose sur moi, l’Esprit de Dieu m’a consacré, l’Esprit de Dieu, m’a envoyé proclamer la paix et la joie ».

Couplet : « L’Esprit de Dieu m’a choisi, pour étendre le règne du Christ parmi les nations ; pour proclamer la bonne Nouvelle à ses pauvres, j’exulte de joie en Dieu mon Sauveur ! »

Chers  prêtres, chers consacrés et chers fidèles laïcs,

Le cantique que nous venons d’exécuter, nous renvoie aux passages bibliques que nous venons d’entendre dans la première lecture tirée du livre d’Isaïe et dans l’Evangile selon saint Luc où Jésus, se trouvant dans la synagogue de Nazareth  le jour du sabbat, s’applique la réalisation de l’effusion de l’Esprit du Seigneur et son envoi en mission. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter  la Bonne Nouvelle, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ».

A l’occasion de la célébration de cette messe chrismale, je voudrais m’adresser particulièrement aux prêtres  qui, en ce jour, sont appelés à renouveler leur engagement comme pasteurs du peuple de Dieu. Mais en même temps, je vous invite, chers fidèles chrétiens à prier pour vos prêtres, afin qu’ils deviennent saints et vous accompagnent généreusement, par l’exercice de leur ministère sacerdotal, sur le chemin de la sainteté.

Chers prêtres, je voudrais vous entretenir sur un thème important qui se dégage, comme en filigrane, de la parole de Dieu que nous venons d’écouter : la redécouverte du rôle de l’Esprit saint dans notre vie et dans notre ministère sacerdotal.

Le rôle de l’Esprit Saint

Chers confrères dans le sacerdoce ministériel,

Le monde d’aujourd’hui, l’Eglise d’aujourd’hui  a besoin de nous, prêtres, de beaucoup de prêtres, mais surtout de saints prêtres.

La vocation sacerdotale, mieux la vie sacerdotale, est essentiellement un appel à la sainteté, dans la forme qui jaillit du sacrement de l’Ordre. La sainteté est intimité avec Dieu ; elle est imitation du Christ pauvre, chaste et humble ; elle est amour sans réserve envers les âmes et donation en vue du bien véritable des âmes ; elle est amour pour l’Eglise qui est sainte et nous veut grandir en sainteté : telle est la mission que le Christ lui a confiée. Chacun de nous est appelé à être saint afin d’aider tous les baptisés à réaliser leur vocation à la sainteté.

Comment ne pas réfléchir sur le rôle essentiel que l’Esprit Saint joue dans l’appel spécifique à la sainteté, qui est propre au ministère sacerdotal ? Rappelons-nous les paroles du rite de notre ordination sacerdotale : « Père Tout Puissant, donne à tes fils la dignité du sacerdoce. Renouvelle en eux l’effusion de ton Esprit de sainteté ; qu’ils exercent fidèlement, Ô Seigneur, le ministère du second degré sacerdotal reçu de toi et que par leur exemple ils conduisent tous les hommes à une vie intègre ».

Par l’ordination, bien chers prêtres, vous avez reçu l’Esprit même du Christ, qui vous rend semblables à Lui, afin que vous puissiez agir en son nom et vivre en vous-mêmes ses propres sentiments. Tandis que cette intime communion avec l’Esprit du Christ assure l’efficacité de l’action sacramentelle que vous accomplissez « in persona Christi », elle requiert également de s’exprimer dans la ferveur de la prière, dans la cohérence de la vie, dans la charité pastorale d’un ministère inlassablement orienté vers le salut des frères et des sœurs. En un mot, cette intime communion avec l’Esprit du Christ requiert votre sanctification personnelle.

C’est ce qu’a confirmé le Concile Vatican II dans Presbyterorum Ordinis : « C’est en exerçant le ministère d’Esprit et de justice que les prêtres s’enracinent dans la vie spirituelle, pourvu qu’ils soient accueillants à l’Esprit du Christ qui leur donne la vie et les conduit. Ce qui ordonne leur vie à la perfection, ce sont leurs actes liturgiques de chaque jour, c’est leur ministère tout entier, exercé en communion avec l’évêque et entre eux » (P.O., 12).

La vocation du prêtre

Tenez donc, chers prêtres ! Notre vocation spécifique à la sainteté se traduit en un programme de docilité à l’Esprit qui réalise en nous la progressive identification avec le Christ, à son exemple, à son enseignement, à sa personne, et nous élève au rang de coopérateurs du plan divin du salut.

En face d’une telle perspective si sublime, j’éprouve la nécessité de vous dire, à la suite de saint Paul : « Je vous exhorte (…) à mener une vie digne de la vocation que vous avez reçue, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres par amour, vous efforçant de garder l’unité de l’esprit par le biais de la paix » (Ep 4, 1-3).

Au cœur de la communauté chrétienne, comme aussi au cœur des différents mouvements, associations et groupes ecclésiaux, le prêtre est appelé à être pasteur et guide des fidèles, garant de la véritable doctrine de l’Eglise, responsable de l’authentique célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements, témoin et promoteur de la communion ecclésiale. Il doit donc former les fidèles à ce « sens de l’Eglise » qui se traduit en « amour pour l’Eglise et son enseignement », en vénération pour ses pasteurs, en docilité et obéissance à leurs directives, en ouverture d’esprit et de cœur envers tous les membres de l’Eglise, en esprit missionnaire et œcuménique.

Le prêtre est appelé à former les fidèles à s’ouvrir à l’universalité, dans la collaboration avec toutes les composantes ecclésiales, voyant en elles autant de manifestations de l’unique Esprit, qui a « a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes ou encore évangélistes, pasteurs et docteurs. De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le Corps du Christ » (Ep 4, 11-12).

C’est une tâche que le prêtre ne peut confier à d’autres, car elle jaillit de la nature même de son ministère pastoral, et trouve un soutien quotidien dans la grâce que l’Esprit répand en lui, en tant que représentant du Christ au cœur de la communauté chrétienne. Le prêtre peut certainement s’enrichir de tout don authentique que l’Esprit répand en abondance parmi le peuple de Dieu. Mais il ne peut oublier qu’il est appelé à accomplir une tâche de discernement, de guide et de pédagogie spirituelle dans l’exercice de ce ministère d’enseignement autorisé, de sanctification sacramentelle, de gouvernement ecclésial, qui lui est propre du fait qu’il est investi du triple « munus » du Christ Grand Prêtre.

Etre attentif à chaque personne

C’est le Christ Jésus, le modèle vers lequel tout prêtre doit regarder ; lui qui parcourait « les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, proclamant l’Evangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité » (Mt 9, 35). Jésus était tout disponible, prêt à servir les hommes de n’importe quelle condition : hommes de ville, hommes de campagne ! Le prêtre doit avoir constamment sous les yeux le Maître divin pour faire siens ses sentiments profonds et parvenir à éprouver avec Lui, compassion pour les personnes fatiguées et prostrées qui vaguent souvent sur les chemins de la vie « comme des brebis sans pasteur » (Mt 9, 36).

Chaque homme doit être important pour le prêtre. Le soin de la communauté chrétienne ne le dispense pas de l’attention prévenante pour chacun, selon ses besoins spirituels et selon la vocation spécifique personnelle.

Aujourd’hui, plus que jamais, chers prêtres, vous êtes appelés à être des éducateurs de la foi pour les fidèles, en particulier à travers le dévouement au ministère de la pénitence, la visite des malades et des personnes âgées et à travers l’accompagnement ou la direction spirituelle des fidèles. Si chacun en particulier est aimé de Dieu, si l’Esprit répandu dans le cœur de chaque fidèle en assure la personnalité unique et la spécifique vocation à la sainteté, le prêtre doit favoriser l’œuvre de l’Esprit, afin que, grâce à la libre réponse de chacun, la communion ecclésiale soit enrichie sur un chemin qui exige toutefois l’engagement personnel de chacun. Soyez donc disponibles pour éclairer la conscience des fidèles qui viennent vers vous et qui ont besoin d’une oreille attentive et d’une sagesse sacerdotale qui les aide à mieux discerner la ligne de conduite à prendre.

Le prêtre, guide éclairé de ses frères laïcs

Vous le savez, être un guide éclairé des fidèles sur le chemin de la sainteté suppose une pédagogie de la vie spirituelle harmonieuse et intégrale, qui conduise de la contemplation et de la prière à l’engagement concret dans la pratique des vertus évangéliques. Soyez donc des experts de la vie spirituelle. Apprenez aux fidèles, par votre témoignage de pratique de vie spirituelle personnelle et communautaire, à prier, à mieux prier, à prier par conviction et avec foi.

 La célébration quotidienne de la Très Sainte Eucharistie, la récitation, de préférence communautaire, de la Liturgie des Heures dans ses deux axes principaux, la dévotion mariale, la pratique du sacrement de pénitence et réconciliation, la direction spirituelle, etc., sont autant de moyens que l’Eglise met à notre disposition pour entretenir notre croissance spirituelle et devenir ainsi des témoins et experts de la vie spirituelle dans l’Eglise.

Le prêtre, fils de prédilection de la Vierge Marie

 

Que la Très Sainte Vierge Marie, Mère du Souverain Prêtre, vous soutienne et vous accompagne dans votre ministère. Confiez-lui votre sacerdoce. En tant que Mère, qu’elle daigne vous enseigner, comme à ses fils de prédilection, à dire toujours FIAT à la volonté du Christ, son Fils, qui vous a choisis pour être ses ministres.

Qu’elle daigne vous inciter à chanter souvent le MAGNIFICAT pour les merveilles que Dieu réalise dans votre vie sacerdotale et à travers votre service pastoral. Qu’elle daigne vous convaincre à imiter son STABAT près de la croix, lorsque sur le chemin ardu vers la sainteté surgiront difficultés, incompréhensions et souffrances. Vous pourrez ainsi, avec Elle et comme Elle, goûter la joie de la résurrection du Christ et témoigner en face du monde entier que Jésus Christ est Seigneur dans la gloire de Dieu le Père. AMEN

 

Kisangani, le 31 mars 2021

Mgr Marcel UTEMBI TAPA

Archevêque métropolitain de Kisangani

 

 

 

 

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