• 25 novembre 2020

Mgr T. Iluku, Evêque de Bokungu-Ikela : « Les défis du diocèse sont multiples »

Nommé par la pape François le 13 mai 2019 et sacré le 21 juillet 2019, Mgr Toussaint Iluku a passé plus d’une année à la tête du diocèse de Bokungu Ikela. Le site Cenco.org l’a approché durant la 57ème Assemblée Plénière ordinaire de la CENCO pour faire un état des lieux de ce diocèse, voir les défis qu’il a relevés ou qu’il doit relever et les perspectives d’avenir de ce diocèse. Suivons l’évêque dans ce jeu de question-réponse.

Cenco.org (C.O) : Excellence, pouvez-vous, à l’intention de nos internautes, faire un état des lieux de votre diocèse ?

Mgr Toussaint Iluku (M.T.I) : Oui, volontiers, je vais le faire. Je commence par donner une brève historique du diocèse : le diocèse de Bokungu-Ikela a été fondé le 11 septembre 1961 sous le nom du diocèse d’Ikela. Après la rébellion muleliste de 1964, après le saccage du siège par les rebelles, le premier Evêque, Mgr Joseph Weigl a reçu l’autorisation de transférer le siège dans l’autre territoire, Bokungu jusqu’à ce jour. Et le 16 juin 1967, le diocèse a été renommé Bokungu-Ikela. Dès sa fondation, il a été confié aux Missionnaires du Sacré-Cœur de la province d’Allemagne du Sud-Autriche. Depuis sa fondation jusqu’à ce jour, il a connu cinq évêques : Mgr Joseph Weigl (décédé), Mgr Joseph Kumuondala (de 1980 jusqu’en 1990, puis archevêque de Mbandaka-Bikoro jusqu’à son décès en 2015), Mgr Joseph Mokobe (de 1993-2000, puis transféré à Basankusu jusqu’à ce jour), Son Eminence Fridolin Ambongo (de 2005 jusqu’en 2015, puis archevêque de Mbandaka-Bikoro et actuellement Cardinal-Archevêque de Kinshasa) et enfin, Mgr Toussaint ILUKU (depuis le 21 juillet 2019).

Selon des statistiques à mettre à jour, on signale le chiffre de plus de 600.000 habitants pour les deux territoires dont près de 30% sont catholiques. Et le diocèse est entièrement situé dans la jeune province de la Tshuapa.  Une population encore jeune et dynamique lorsqu’elle est encadrée et formée.

Le diocèse est divisé en trois régions pastorales : Bokela, Ikela et Bokungu et compte 15 paroisses dont 2 n’ont pas de prêtres. Nous avons 24 prêtres, quatre congrégations religieuses, près de 270 catéchistes.

Sa frontière avec les provinces de la Tshuapa, de la Tshopo et du Sankuru lui permet de voir cohabiter de nombreuses populations aux origines diverses, un commerce actif dans les deux territoires mais aussi des drames. En effet, les différentes rébellions qu’a connues le pays ont été l’occasion pour des soldats fuyards d’attaquer les infrastructures paroissiales et de piller systématiquement les ressources. Il a fallu à chaque fois aux missionnaires de recommencer et au dernier pillage des années 2000, beaucoup sont rentrés. Ce qui a encore appauvri une population déjà fragile et vivant pour la plupart dans des villages enclavés et abandonnés des pouvoirs publics. Les quelques routes de desserte agricole ont presque disparu.

Les infrastructures de base : écoles, centres de santé, les églises, les presbytères et des centres d’accueil sont dans un état de délabrement très avancé et demandent tout un programme de reconstruction qui coutera cher. D’autant plus que rien n’a été fait depuis ces pillages pour leur réhabilitation.

C.O. : quels sont les défis à relever ?

M.T.I. : Ils sont nombreux les défis à relever, juste un an après mon ordination. Il nous a fallu juste deux mois après mon sacre faire une visite pastorale de prise de contact avec ma population et partout l’accueil a été merveilleux et chaque arrivée dans les missions drainait des foules nombreuses. Les différentes rencontres ont été organisées avec les catéchistes animateurs des secteurs et communautés, les enseignants, le personnel de santé et les forces vives. Partout, j’ai rencontré le même appel et la même attente : relancer des activités génératrices de revenus, investir dans la reconstruction et dans la formation. J’ai touché du doigt la grande pauvreté de ma population isolée et enclavée. Les défis sont multiples. Devant ces nombreux défis à relever et incalculables, je les ai identifiés et regroupés en 04 axes :

  • Pastorale et Evangélisation en profondeur: Il faudrait réorganiser le bureau de l’évangélisation et préparer un plan et une méthode de la transmission du message révélé qui puisse être exprimé dans le langage simple et clair ainsi que l’animation des communautés et des secteurs. Comme partout ailleurs dans le pays, il y a encore beaucoup à faire pour que ce message de libération atteigne les couches de la population et l’âme de ce peuple croyant et dont il faut purifier certains aspects de ses croyances (peur de la sorcellerie, certaines coutumes qui privilégient la domination de l’homme sur la femme, la valeur du travail, etc…).
  • Formation: avec l’exode rural et le déplacement de beaucoup de jeunes pour la formation en ville, trop peu rentrent pour assurer la formation de leurs cadets. Ainsi, nous commençons à manquer des cadres compétents et formés dans beaucoup de domaines dont celui de l’enseignement. Il nous faudra une approche globale qui permette de chercher des solutions à ce problème. Il faut des stratégies pour mieux accompagner et former ces cadres, les soutenir et échanger sur des possibilités de vie et de travail décent chez eux.

Il nous faut aussi penser à la formation des techniciens en développement rural. Il y a des ressources agricoles qui demandent leurs mises en valeur par l’accompagnement de la population dans ce qui se fait déjà au niveau local mais encore très précaire.

  • La santé: nous avons relancé et rouvert le bureau diocésain des œuvres médicales (BDOM) avec un médecin très engagé dans l’accompagnement et le soutien des centres de santé. Il fait un travail remarquable de formation et d’encadrement du personnel soignant dans une vingtaine de centres de santé que compte le diocèse.
  • L’investissement productif: pour relever le niveau de la population, il faut investir et nous avons identifié un secteur-clé, possible générateur de revenus qui est l’agro-pastorale. Il y a beaucoup de terres arables qui ne demandent qu’à être rationnellement exploitées pour produire ce qu’il faut pour la population.

 

C.O : Avec tous ces défis, avez-vous des perspectives d’avenir ?

M.T.I : Oui, il y en a. Après avoir décrit les défis à relever et ceux identifiés parmi les plus urgents, nous avons formulé un plan d’action autour de quatre axes : Pastorale, Formation, Santé et développement.

Avec l’aide des experts en développement, nous sommes en train d’élaborer un plan d’action stratégique sur cinq ans qui couvrira la période 2021-2025. Nous avons contacté des partenaires extérieurs (quelques organismes de développement comme l’UNICEF, FAO, quelques diocèses en Europe) ainsi que des locaux (BCECO, Caritas-Congo, etc…) pour nous accompagner dans la réalisation de ce plan ambitieux et qui demande de grands moyens. Nous interpellons les pouvoirs publics à s’occuper aussi de sa population qui ne semble pas recevoir des aides (constructions des écoles et centres de santé) dont elle a besoin pour son développement, sa stabilité et son bien-être. C’est le premier rôle de l’Etat et l’Eglise joue un rôle de suppléance là où manifestement il y a défaillance dans la prise en charge et la considération des besoins primaires de sa population.

Propos recueillis par JR Bompolonga

 

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2 Comments

  • Beaucoup de courage. Le point de la formation des consciences me touche beaucoup. L’Afrique pour se développer doit se former.

  • Merci infiniment Excellence pour le grand travail abattu. Le développement agricole doit être une priorité absolue. Vous aviez été performant dans votre approche dialectique. Que Dieu vous bénisse

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