• 21 mai 2022

Mgr Bafuidinsoni : « Si nous ne sortons pas de nos ténèbres, nous ne pourrons pas faire l’expérience du Christ ressuscité… »

HOMELIE DE PAQUES 2022

Lectures : 1. Vigile : Gn 1, 1 –2, 2 ; …. ; Rm 6, 3b-11 ; Lc 24, 1-12 2. Dimanche : Ac 10, 34a.37-43 ; Col 3, 1-4 (ou 1 Co 6b-8) ; Jn 20, 1-9 (Mt 28, 1-7)

Chers Frères, Chères Sœurs,

Mes Chers Diocésains,

 

« Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24)

 

  1. Ce refrain, qui revient chaque année pour le temps pascal, devrait habiter nos cœurs tous ces jours-ci : ce jour que fit le Seigneur est jour de joie, car il est le jour de notre salut. En effet, fêter Pâques, c’est célébrer notre salut, notre libération de l’esclavage du péché et de la mort.

 

  1. Cette année, la célébration de la résurrection du Christ prend pour nous une saveur particulière. Elle intervient après plusieurs événements qui peuvent nous plonger dans la tristesse et dans le désespoir. Dans plusieurs coins du monde, l’on célèbre encore l’eucharistie avec quelques restrictions dues à la Covid-19 qui a ébranlé nos repères durant deux ans, et dont nous ne sommes pas encore sortis totalement. La guerre en Ukraine occupe jour et nuit les médias et nous rappelle qu’aucun coin du monde n’est épargné de la barbarie et de la méchanceté dont sont capables les hommes qui se sentent ou se croient puissants. Entre-temps, les bruits des bottes n’ont pas encore pris fin à l’Est de notre pays, malgré toutes les promesses qui nous ont été faites. Plusieurs familles sont encore obligées de fuir leurs maisons, d’errer dans nos forêts et villages, et parfois de se réfugier à l’étranger, avec le drame de familles séparées ou divisées. Tout ceci, à cause de l’obscurité du cœur de l’homme, comme celui de ceux qui ont décidé de trahir et de crucifier le Christ !

 

  1. C’est de ces ténèbres que le Christ apparaît comme la lumière qui vient éclairer nos vies, pour nous procurer la paix et la joie. C’est cela le sens de la Cérémonie des lumières qui inaugure la célébration de la veillée pascale : le Christ ressuscité est la lumière du monde ; c’est de sa lumière que nous pouvons voir toute chose nouvelle. D’où l’invitation qui nous est encore faite aujourd’hui, de sortir de nos ténèbres pour nous laisser éclairer de la lumière du Christ, de cette lumière pascale. Car, si nous ne sortons pas de nos ténèbres, nous ne pourrons pas faire l’expérience du Christ ressuscité qui vivifie notre foi et nous ouvre à l’espérance.

 

  1. C’est cela un des enseignements de l’évangile de Jean que nous lisons en ce dimanche de Pâques. Il est dit que, quand « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, c’était encore les ténèbres ! » (Jn 20, 1). Loin d’indiquer seulement un élément atmosphérique, les ténèbres indiquent surtout sa disposition intérieure : elle est encore dans les ténèbres du doute et du désespoir d’avoir perdu son Maître et Seigneur. Elle est à la recherche, non pas de quelqu’un de vivant, mais d’un cadavre, incapable de comprendre les Ecritures et toutes les annonces de la résurrection que Jésus leur a transmises. Comme les femmes de l’Évangile de Luc que nous lisons à la veillée pascale, elle cherche le Vivant parmi les morts.

 

  1. Comme Marie Madeleine, dans l’Évangile de Jean proposé pour le dimanche de Pâques, comme les femmes de l’Évangile du Luc, il nous est demandé de sortir de nos ténèbres, de nos lieux de morts, pour pouvoir faire l’expérience de la lumière du Christ, de sa résurrection dans nos vies.

 

  1. En effet, en réalité, même aujourd’hui, il y a tant de signes qui devraient faire renaître notre foi à la résurrection du Christ, et à notre victoire sur le mal et sur le péché. On notera que, dans l’Évangile de ce dimanche, Saint Jean insiste sur la disposition des linges et du suaire qui ont couvert le corps de Jésus. Cette disposition montre bien que le corps de Jésus n’a pas été objet de la manipulation humaine – qui ferait que son corps ait été enlevé, comme le suggérerait l’intervention de Marie Madeleine dans la suite de cet Évangile. Seulement, elle est tellement plongée dans les ténèbres de son cœur, qu’elle ne fait pas le pas de foi vers le Ressuscité. Pierre non plus, témoin de ces mêmes signes, ne fera pas de prime abord le passage de la foi. Seul le disciple que Jésus aimait fera le passage de la foi : « il vit et il crut ! » (Jn 20, 8).

 

  1. En effet, seul le disciple que Jésus aimait pouvait faire ce passage. Notons bien qu’il est question, non pas tant du disciple qui aimait Jésus, mais bien de celui que Jésus aimait. C’est dire que, pour faire le passage de la foi, pour être éclairé par la lumière du Ressuscité, il faut nous laisser enveloppés par l’amour du Christ. Or, souvent, les ténèbres qui envahissent nos cœurs et habitent nos vies nous empêchent de nous laisser aimer par le Christ, et donc de voir les signes de sa présence agissante dans nos vies, même au milieu de nos tribulations habituelles. Nous laisser aimer par le Christ pour pouvoir faire l’expérience de sa vie en nous plus forte que la mort, c’est cela le message que nous transmet l’Évangile de ce jour, et qui devrait nous renouveler totalement, pour voir toute chose nouvelle dans le Christ.

 

  1. Aucun péché, aucune trahison ne peut constituer pour nous un frein pour nous laisser envelopper par l’amour du Christ qui, seul, peut nous transformer, nous transfigurer, nous faire briller de sa lumière. Regardons Pierre. Lui qui n’a pas pu résister à la tentation de renier le Maître lors de son chemin de croix, il devient le tenant, le héros de l’annonce de la résurrection du Christ, une fois qu’il acceptera de pleurer son péché et de se laisser regarder et aimer par le Christ. La première lecture de ce jour de Pâques, tirée des Actes des Apôtres, nous le montre : Pierre devient capable de voir avec un regard nouveau tout son parcours à la suite de Jésus de Nazareth, en qui il reconnait désormais l’Oint de Dieu. Le chapitre 21 de l’Évangile de Jean nous relatera l’expérience de Pierre avec le Ressuscité, et sa transformation radicale, qui fera que, par la suite, il devient le témoin intrépide de la résurrection du Christ.

 

  1. Notons que, dans le discours de Pierre que rapporte la première lecture de ce dimanche, Pierre ne parle pas seulement d’annoncer la résurrection du Christ, mais aussi (et je dirai, surtout) d’en être le témoin. Il y affirme, en effet, « Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même a établi Jésus juge des vivants et des morts » Act 10, 42). Pas seulement d’annoncer donc, mais aussi, et surtout de témoigner. Et est témoin, celui qui a vécu un événement et qui sait le rendre présent et vivant pour les autres. Nous, chrétiens, nous sommes ainsi invités, non seulement à annoncer la résurrection du Christ, mais aussi, et surtout, d’en être des témoins crédibles.

 

  1. C’est cela le sens de l’interpellation que nous adresse Saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut… » (Col 3, 1). La résurrection du Christ nous engage donc à avoir notre regard d’abord et toujours tourné vers les réalités d’en haut, pour que celles d’en bas en soient inondées. J’avais commencé par parler de tous ces événements de notre monde aujourd’hui qui peuvent nous conduire au désespoir. Tous ces événements résultent du fait que souvent les puissants de notre monde, et nous avec eux, sont attachés à la gloire, aux honneurs et au plaisir d’ici-bas. Il suffit de voir combien ceux qui nous gouvernent, aujourd’hui comme hier, se complaisent dans la jouissance et l’enrichissement personnels, sans s’occuper du sort de la population. Et dire que beaucoup d’entre eux se disent chrétiens, beaucoup d’entre nous nous nous disons chrétiens.

 

  1. Je vous invite donc, mes chers Frères et Sœurs, mes chers Diocésains, de vivre la Pâques de cette année de telle manière que la lumière du Christ ressuscité illumine réellement nos vies de chaque jour, et notre engagement citoyen et chrétien, nous rappelant, à la suite du Christ, que « notre vie est cachée dans la vie du Christ ressuscité » (cf. Col 3, 4). En cette année durant laquelle nous aurons la joie de recevoir le Pape François en visite dans notre pays, je vous invite à vous préparer intérieurement pour pouvoir le recevoir en pèlerin de paix et d’amour.

 

  1. Que le Christ Ressuscité redonne vie à tout ce qui est mort en nous et autour de nous, et que, par l’intercession de la Vierge Marie, ce jour que fit le Seigneur soit réellement pour nous jour de fête et de joie ! AMEN. A tous et à chacun, à toutes vos familles, je souhaite « Joyeuses Pâques ! »

 

Inongo, le 16/04/2022

Mgr Donatien BAFUIDINSONI, SJ. Evêque d’Inongo

Publié par Évêché/Diocèse d’Inongo

Source : /evecheinongo.blogspot.com

 

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